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Le publique et le numérique co-créent plusieurs perspectives conceptuelles

Depuis les années 2010, la littérature sur le numérique et la participation publique se développe à une rapidité croissante. C’en est devenu un foisonnement d’idées, dont beaucoup concernent les relations qui sont entretenues ou devraient être entretenues (selon la posture scientifique) entre la participation publique et le numérique. Beaucoup de travaux adoptent des points de vue divergents (pour certains réconciliables) sur le numérique au service de la participation publique.

Ainsi, plusieurs auteurs considèrent le numérique comme étant un outil bonifiant la démocratie publique (plus de transparence, plus de clarté politique), un facilitateur permettant d’enrichir la participation publique (un recueil de données plus représentatives et plus significatives en temps réel), ou d’étendre la participation publique (dans le sens de rejoindre des populations que la participation publique en présentiel ne permet pas de toucher). La croissance des « Civic Tech » (Civic Technologies) signe l’avènement d’une démocratie plus ouverte, selon plusieurs chercheurs.

De Ferauday (2018), prenant en compte les données d’une étude empirique de l’IDDRI de 2016, mentionne que « Les limites des dispositifs participatifs existants (manque de représentativité, incapacité à mobiliser, instrumentalisation des dis-positifs…) sont régulièrement soulignées. Les outils numériques portent la pro-messe non seulement d’élargir les publics de la participation, mais également d’enrichir les formes que prend cet engagement, en facilitant la transmission et la visualisation d’informations, ainsi que la collaboration entre acteurs. Ces pro-messes sont plus largement associées à l’entrée dans une nouvelle ère de l’action publique, celle de la “gouvernance digitale” ».

Selon d’autres chercheurs, le numérique va permettre d’améliorer la participation publique institutionnelle et émergente en mettant à disposition des collectivités, des partenaires privés et des associations ou regroupements de citoyens une nouvelle palette de dispositifs qui peuvent se conjuguer, s’ajouter ou se super-poser à ceux misant sur le présentiel. Ainsi, pour Mazeaud et Nojon (2018), le re-cours au numérique correspond à une redistribution des cartes : « Si le numérique attire autant aujourd’hui, c’est sans doute d’abord parce qu’il offre un potentiel de recyclage de dispositifs, de renouvellement et d’appropriation à moindre coût du discours participatif ».Ces idées « positives » à l’endroit du numérique pour la participation publique rejoignent parfois les arguments de certaines institutions publiques en faveur des Civic Tech, tel l’Observatoire européen de la participation citoyenne, qui stipule sur son site Internet fin 2018 que : « Dans une société où les taux d’abstention alarment, de plus en plus de voix s’élèvent pour une démocratie participative : la technologie apparaît alors comme une opportunité de taille pour élargir massi-vement le nombre de participants à la décision publique ».

Indubitablement, les Civic Tech sont vues par certains comme une solution face à une démocratie en danger, comme en ont témoigné fin 2016, le 1er forum Civic Tech et le sommet du Partenariat pour un Gouvernement Ouvert qui ont permis de rassembler élus, administrateurs, entreprises et chercheurs autour de nombreuses initiatives numériques.

Mais la perspective critique n’est pas en reste. Plusieurs auteurs présentent le numérique comme étant « simplement » une façon différente d’instrumentaliser la participation publique au service d’une autorité supérieure, et donc une manière nouvelle de contrôler autrement ou restreindre les espaces de délibération accessibles à tous, ou comme un outil favorisant l’exclusion et non pas l’inclusion, créant ainsi des catégories distinctes de citoyens selon leurs compétences et leur richesse.

Les dangers des outils et activités numériques évoqués généralement dans les travaux critiques sur la digitalisation des sociétés contemporaines sont égale-ment cités dans les recherches sur la participation publique, tels que : la perte du droit à l’anonymat, le renforcement des barrières sociales, la création de typolo-gies clivantes, etc. Certains sujets inhérents à la question du numérique – comme par exemple la question de l’anonymat ou celle de la sécurité – prêtent à des positions fortement contrastées de part et d’autre. Plusieurs auteurs n’hésitent pas à (re)mettre en question le besoin même du numérique dans le cadre de la participation publique.

Par ailleurs, et toujours en recherche, les dispositifs numériques ont aussi été étudiés en lien avec certaines conditions d’utilisation permettant de maximiser leurs forces. Ainsi, le temps constituerait une ressource essentielle pour créer la confiance et développer la maturité envers les pratiques numériques. Et les dispositifs de type « e– » ne seraient pas tous égaux à cet égard. Les dispositifs e-informationnels de première instance ne seraient pas générateurs de confiance au même titre que les dispositifs e-collaboratifs, qui eux nécessiteraient patience et temps avant d’être mobilisés à bon escient. La figure 8 illustre cette concep-tualisation.

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